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La véritable histoire d’un petit correspondant de campagne

Le quotidien , né en août 1944 et aujourd’hui deuxième quotidien régional français avec plus d’un million de lecteurs en 2007, a bien appris de l’époque qui l’a vu naître. S’il est un journal qui peut prétendre utiliser les journalistes de région comme de la main d’œuvre bon marché, c’est bien celui-là. Mais l’exemple vaut mieux que la leçon.

Aujourd’hui, au journal Sud-Ouest, 1100 correspondants de presse rédigent chaque jour plus des trois quarts des articles pour les 21 éditions locales du quotidien. 287 journalistes en poste les accompagnent dans cette tâche. Soit près de 4 correspondants pour un seul journaliste « encarté »(0).

Les responsables départementaux et les secrétaires de rédaction de chaque bureau veillent à ce que ces correspondants ne sortent pas du rang. Petit doigt sur la couture du pantalon et prose convenue.. Tels de vaillants petits soldats, ces censeurs veillent à contrôler toutes les phrases et envolées lyriques des correspondants, qui contribuent à donner au quotidien son assise de journal local.

Véritable police du verbe en leur maison, les employés de rédaction s’emploient à ce que ces « non journalistes » produisent au final un travail digne d’un localier, armé jusqu’aux dents pour affronter des élus et responsables locaux bien implantés. Une mission au service du pouvoir hiérarchique qui demande sans aucun doute une certaine ardeur.

Mais parfois dans cette armée de correspondants, pointent quelques journalistes au chômage. Tous soucieux de pouvoir diffuser les infos de leur secteur. En bon seigneur, le journal les autorise alors à gaspiller un peu de leur encre (matériel informatique, appareil photo, téléphone…) pour le bien-être du royaume de  la PQ(R). Le tout en échange d’un petit pécule.

Et c’est bien là que le bât blesse. Une simple expérience locale vécue par un journaliste en campagne suffit à éclairer des abus pratiqués à « Sud-Ouest » et ailleurs. Une situation qui dépasse l’entendement et s’apparente plus à une exploitation en règle qu’à une collaboration sereine entre membres d’une même entité.

Ce journaliste encarté depuis bien des années, voit soudain le chômage frapper à sa porte. Désireux de ne pas laisser son savoir faire et ses connaissances sans support pour les distiller, il accepte une fonction de correspondant local de presse pour Sud Ouest dans un chef-lieu d’arrondissement. Une aubaine pour le titre qui voit ses rangs de correspondants s’élargir d’un travailleur connaissant son métier. Sa mission, une fois acceptée consiste dès lors à assurer la permanence des 52 week-ends de l’année, des RTT et quelque fois de semaines entières de remplacement lors des congés annuels du journaliste seul en poste. « Ponctuellement », il est ainsi censé apporter une aide au journaliste titulaire.

Une charge de travail écrasante. Puisque brèves comprises, ce correspondant produira en un an quelques 540 articles, dont la moitié comme papiers de tête de page locale, de rubriques départementales, voire de « Une » ou « der ». Soit plus que bien des journalistes en poste(1). Pour la totalité de ce travail de proximité, il a touché 11 700 €  net ( frais de déplacement compris).

Malheureusement pour lui, le journal ne reconnaît pas sa carte de presse pour cette fonction. On lui refuse ainsi le statut de pigiste pour le rémunérer en honoraires de correspondant local de presse. Activité considérée comme une fonction libérale. Au-delà de 4 900 € d’honoraires, le correspondant est alors assujetti à l’URSSAF. Résultat des courses, 11 700 € reçus et 3 000 € reversés, soit 25 % de charges sociales. Il lui reste moins que le SMIC mensuel. Et les yeux pour pleurer.

Si Sud-Ouest avait été contraint d’embaucher un pigiste, le correspondant aurait dû gagner un minimum de 15 500€ uniquement sur ses papiers essentiels (2)

Et le problème dans ce cas, n’est pas tant la valeur de l’acte payé à ces localiers, mais bien l’attitude d’un journal vis à vis de ses journalistes faisant fonction de correspondants. Sous prétexte d’un budget serré, les dirigeants ne respectent pas les règles du jeu social. Ils embauchent un journaliste de façon précaire à des tarifs ridicules et s’appuient sur sa présence et son dévouement pour lui faire faire un maximum du travail.

Une attitude plus respectueuse était-elle envisageable? Le journal ne pourrait-il pas assumer haut et fort ses besoins réels de rédaction et contracter le personnel adéquate? Apparemment, un CDI était alors indécent dans ce journal! Voilà bien un traitement de l’information de campagne et des gens qui s’échinent à la produire qui fait fi du respect des acteurs d’un grand titre. Lire la suite

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